Histoire d’hystérie
ni maison, ni raison
mardi 30 janvier 2018
Un petit texte très intime. J’ai hésité à le publier ici, même si l’intime recule avec moi, s’expose librement, l’habitude de l’analyse sans doute. Ce n’est pas que je n’ai pas de secrets, je suis juste un peu naturiste, pas exhibitionniste, la pensée se met à nu aussi, ou n’est pas pensée. La pensée frileuse ce n’est pas pour moi. Le jardin secret existe toujours cependant, le fait qu’il soit plus petit le rend d’autant plus précieux.
J’ai quitté ma maison, ce sous-sol de tubes et de béton. Et avec ce départ l’idée de maison a pris une étrangeté rare, quand, déambulant à pied la nuit sur ces trottoirs noirs et brillants d’une pluie persistante et glacée, je vis ces pavillons, ces immeubles, ces fenêtres éclairant des espaces de vie où les gens habitaient. Ils se font à manger, ils discutent, se disputent, la télé branchée participe à leurs conversations ou à leurs silences, parfois des enfants couinent, les animaux de compagnie lézardent sur les sofas ou les tapis, ces microcosmes qu’on appelle « les ménages » oublient le dehors. Ils vivent leur vie, souvent travaillent dans des boîtes puis rentrent à nouveau dans une autre boîte le soir. Je les épie comme des animaux au zoo. Ou comme dans un décor de théâtre. Ils m’intriguent. On n’est plus dans le même monde. Comment l’errant peut-il rentrer dans le rang, à présent ? C’est trop tard.
J‘ai quitté ma raison. Laisse-moi te conter une histoire d’hystérie, la quête des errants de la chair1, le tropisme du vit.
Je suis un vagabond, nomade sans domicile fixe, au sens propre, pas au sens sale du terme politiquement correct qui veut éluder, éviter la honte de ce terme contaminé et repoussant de « pauvre ». Pas nomade du sexe non plus.
J’erre sur ton corps sans but, mes mains changent de directions, elles explorent, cherchent sans savoir ce qu’elles cherchent, hésitent comme si chaque promenade était une première fois, sans boussole, sans sextant, seul mon sexe se tend. Et là soudain je me sens riche. Comment te dire ? Nos corps ont suivi ou parfois précédé nos accords verbaux, on s’est parlé, on a discuté, on a miaulé sur les chats2, on s’est un peu racontés, on s’est souri, puis on s’est effleurés, comme par mégarde, puis nos souffles se sont emballés, s’emberlificotant dans un désordre dense et touffu. Je trousse ta jupe et froisse tes tissus, fripe ta blouse satinée, devient de partout érectile, pas forcément érigé. Je me promène sur les frontières, celle du creux de ton cou, là où ça commence à grimper, là où naissent les collines de tes mamelons, fermes et fiers, les tétons durcis par le vent chaud que je souffle dessus, par ma salive laissée après mes tétées affamées. Et puis je sinue sur les frontières plus intimes de tes aines, l’aine de ta cuisse, ce pli précieux où se joignent tes muscles abducteurs, ceux qui te permettent d’écarter encore plus tes cuisses afin que je retrouve mon chemin. Mes mains se baladent encore, jusqu’à se lisser, dans un réchauffement micro-climatique imprévu. Toute huilée, tu sens le coco, le jasmin, le chanvre, je ne sais plus. Je te renifle comme un sauvage. Je te respire. Je glisse, je m’égare. Et tu t’arc-boutes. Tu gémis, j’en frémis, tu te cambres, je me cabre, ton corps tressaute, je sursaute, ton corps en saccades ondule, je me lie comme liane, tes poignets liés, tes yeux bandés d’un bandeau noir soyeux, je bande, tu t’offres, je me frotte, tu m’attends, je m’étend sur toi, mes doigts dans ta bouche calment tes soupirs impatients. J’ai erré sur les collines, les plis, les creux, j’ai frissonné, nu au vent, j’ai cheminé sur toi jusqu’à me perdre.
Avant d’entrer il faut un mot de passe. Quand je dis passe je ne pense pas à ces échanges fugaces de quelques secousses et radinement monnayés, laissant l’impression d’un vide sans fond, dans ces maisons closes où l’on ne sait comment rentrer si elles sont closes. Ni si on peut en sortir. Ce mot de passe c’est toi qui me le délivres, comme une clé sacrée. Mon amour, habibi3…
A présent j’ai erré sur les chemins, les ruelles, les rigoles, les venelles, j’ai suivi les veines de ton corps, créant une nouvelle cartographie, je suis enfin chez moi. J’ai trouvé ma maison. Ma caverne, ma grotte. Mon abri, ma cabane, mon palace. J’y suis bien. J’y reste un peu. J’y retourne. M’y pose. M’y dilate. M’y détends. M’y retends. M’y darde.
Le seul lieu qui interroge et retarde mon prochain départ. Qui fait vaciller toutes mes certitudes. Dans ton sexe.
Ma maison c’est ton sexe.
temps de lecture : 3 mn 30
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Renaud Poillevé
Après avoir fait plus de 10 métiers, je change encore radicalement de vie en 2017, un passage en nomadisme, puis le retour à une vie simple et minimaliste, dans la nature, en décroissance. Sans oublier l‘expression artistique avec le dessin, la peinture, la photo, — et l’écriture bien sûr...
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